J’ai interrompu tout travail (rémunéré) pour faire incursion sur ce blog et y déverser dans ce bref billet des larmes de papier (poésie à 2 cts d’euro, j’assume !). Une partie de mon adolescence s’en va avec l’auteur de L’attrape-coeurs, The Catcher in the Rye, pour la v.o. Le livre usé, donné à lire en fiche de lecture par ma prof d’anglais de seconde qui nous attribuait les romans en fonctions de nos goûts. Elle avait visé juste. Je me souviens encore cherchant tous les mots d’argot US un peu désuets dans mon dictionnaire…
Je me souviens aussi de cette merveilleuse nouvelle, extraite de 9 Stories, que je vous somme de lire. L’histoire d’un paumé, qui ne se sent bien qu’en présence des enfants (et loin d’être un pédophile !). Ce texte s’intitule : APerfect Day for Bananafish. Un jour rêvé pour le poisson-banane in Nouvelles en français. Je n’ai pas trouvé de lien vers le texte pour vous le faire découvrir. Si j’avais dû tourner un film, j’aurais adapté la nouvelle au cinéma. J’en ai trouvé une petite version française dont je ne procéderai pas à la critique mais passerai sous silence toutes références (you know what Imean !)
Je retourne à ma traduction scientifique puis à la nouvelle que je dois écrire. Mais sans la présence vivante d’un membre de ma dream team, ce sera plus difficile… Espérons que son esprit, qui a rejoint celui des plus grands de la Dead Poets Society (c’est moi et que moi qui le dis !) m’accompagne !
En fait, je dois écrire une nouvelle de commande, dans le cadre d’une formation…
Comme dit l’autre (moi, il y a 2 minutes) : « Avant d’entrer dans l’arène, le taureau s’entraîne ».
J’ai donc décidé de relire plein de recueils afin de pouvoir faire le plein d’inspiration, tant sur le plan du fond que celui de la forme. Décidément… On dirait bien que je ne suis pas prête d’écrire une ligne. Au programme (que je me suis imposé en faisant une razzia dans ma bibliothèque) :
Borgès : Fictions
Calvino : Cosmicomics
Dahl : Bizarre, Bizarre ! ET Kiss ! Kiss
Hitchcock (présente) : Histoires à vous couper le souffle
Le Clézio : Mondo et autres histoires ET La Ronde et autres faits divers
Poe : presque tout
Villiers de l’Isle-Adam : Contes cruels
Le temps de lire tout ça, je risque de passer des mois sans écrire une ligne ? Non, car je vais au moins prendre des notes : Et si pas d’idées pour ma nouvelle, je ferai un mix de plein de trucs, un micro-plagiat, genre une idée piquée à Le Clézio mais traitée sauce Hitchcock avec la folie de Calvino. Par exemple.
Vous avez hâte de lire le résultat ? Euh, moi aussi…
Suéder ? Oui, suéder. Un mot tout droit tiré du film Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry (Be Kind Rewind), sorti en 2008.
Dans ce film, le plus maladroit des protagonistes tombe dans un bain radioactif et entre dans le vidéo club où travaille son pote, et sans s’en rendre compte, efface tous les films contenus sur les cassettes. Du coup, pour faire tourner le club en l’absence du patron, ils décident de tourner eux-mêmes avec quelques bouts de ficelle et un certain génie, leur propre version des films.
Ainsi, les voilà partis à la bibliothèque municipale pour tourner leur remake de Ghostbuster. Cette version courte et complètement décalée, qu’ils appellent « suédée » est un succès et s’ensuit toute une série de commandes. Chaque client demande la version suédée de son film favori, même s’il ne dure qu’une vingtaine de minutes…
Pourtant, bizarre, je voulais écrire la version suédée d’Une chambre à soi de Virginia Woolf (1929)… Ca n’a pas marché ! Me suis-je attaquée à trop compliqué ? Je pense que oui car le livre manque d’action et écrire la version suédée d’un essai ce n’est pas très facile. La réponse à ma difficulté est en fait dans le titre de mon article. Choisir un roman ou un conte… J’essaierai d’un poster un sur ce blog, je ne voudrais pas trop m’engager non plus mais en faire la promesse m’aidera peut-être à progresser ?! C’est le problème des gens scolaires comme moi :
« Pour lundi prochain, vous devez avoir rédigé la version suédée de… »
On dirait bien que mon blocage créatif ne s’arrange pas ?!!!!
Si cette histoire avait eu lieu aujourd’hui, feu l’auteur concerné aurait certainement publié son livre sur le net, chez un éditeur qui l’aurait choisi, ou un autre qu’il aurait payé. Ou alors, épris d’indépendance, notre auteur disparu se serait lancé dans l’aventure de l’auto-édition. Ok, il n’aurait pas reçu le Prix Pulitzer mais il serait certainement encore en vie…
Se battre pour faire reconnaître son oeuvre, bien sûr, pour certains à en mourir… Personnellement, je préfèrerais vivre dans l’anonymat, en publiant quelques bouquins en auto-édition ! Je sais, je suis moins romanesque que le regretté John que je vais évoquer dans un instant.
Ce John, c’est John Kennedy Toole, auteur de La conjuration des imbéciles, A Confederacy of Dunces, en V.O. Voyant son manuscrit rejeté de partout, l’écrivain malchanceux se donne la mort en 1969, à l’âge de 32 ans. En 1980, sa mère se bat pour faire publier l’ouvrage avec l’aide de l’auteur Walker Percy. Le livre est couronné par le Prix Pulitzer 1981 et demeure un incontournable de la littérature américaine contemporaine.
Faut-il être mort pour devenir un grand écrivain ? Tout cela ne résout pas la question de l’écriture : il faut écrire de son vivant… Sinon, aucune chance que ça arrive, mort ou vif ? Au boulot, moi-même !
6- Ian McEwan (l’auteur qui m’a donné envie d’apprendre l’écriture créative à East Anglia et que j’ai étudié en maîtrise, à travers l’ouvrage First Love, Last Rites). Et il me dit quoi, lui ? « Tu marches sur mes traces en suivant à ton tour la formation à East Anglia, bientôt ton premier recueil de nouvelles. Alterner innocence et provocation dans l’écriture, ma recette favorite, la tienne aussi, peut-être ? »
7-J.D Salinger (le mystérieux auteur de The Catcher in the Rye, roman culte sur l’adolescence aux USA). Son conseil ? « Ne recherche pas à devenir un personnage public mais écris un ouvrage mythique. Utilise l’argot, montre des personnages qui sont soit enfants, soit qui comprennent les enfants. »
8-Julia Cameron (auteure de la méthode artistique Libérez votre créativité, scénariste et auteure). Que me dit-elle ? « Tous les jours écris 3 pages, le matin au réveil. Il se peut qu’au bout d’un moment, sans t’en rendre compte, tu aies écrit un début de roman. Au bout d’un mois, tu auras 90 pages ! Alors, essaie… »
9-Jill Kargman (auteure du très marrant Momzillas, THE bouquin de chick-lit). Et elle, alors ? « Ecris donc sur la maternité. Observe les mères qui t’entourent. Ecoute leurs histoires et tu as, avant même de t’en douter, matière à un roman qui peut se vendre à gros tirage. Ne lésine surtout pas sur l’humour ni la caricature, copie le style des magazines féminins et tu y es. »
10-Euh, moi, parce que je dois être dedans et je m’autoproclame, capitaine de ma dream team littéraire !
J’ai eu l’occasion de lire l’ouvrage d’Hansen et Allen Le millionnaire minute. Ca a marché ? Bah, non la preuve… Mais bientôt le bestseller, même si, avouons-le, les bestsellers ne sont pas forcément les romans de la meilleure facture littéraire. Mais qui c’est cette fille, pas foutue de nous pondre un roman, qui se permet de critiquer ceux qui vivent plus que très bien de leurs productions littéraires ?!
Je me souviens cependant, d’un exercice amusant proposé dans le livre. Comme je ne le citerai pas « texto » parce que j’ai prêté l’ouvrage à une amie, future millionnaire ? je reproduis donc le contenu de l’exo, comme je l’ai en mémoire.
Le truc, c’était : « De qui vous entoureriez-vous pour faire marcher un projet (i.e pour devenir millionnaire, me semble-t-il ?). Et il fallait donner le nom de 10 personnes (de n’importe quelle époque, même inacessibles et célébrissimes).
Je crois d’ailleurs que le but suivant était d’essayer de les approcher, mais je ne vous parierai pas les royalties de mon premier roman pour autant…
Alors, ma dream team littéraire, c’est qui ?
1-Albert Cohen (même si j’ai overdosé BDS, Belle du Seigneur pour les très-très intimes, renoncé à écrire une thèse dessus, il m’arrive encore de sourire béatement sur le port d’Antibes devant un bateau appelé Solal et de me dire que quand même ce bouquin…). Et il m’apporterait quoi Cohen dans ma dream team ? Il me dirait peut-être : « Dicte tes textes à ton homme, achète-toi une robe de chambre et un chapelet d’ambre pour mieux écrire. Et surtout, n’oublie jamais que tout roman doit parler d’amour. »
2-Emily Dickinson (Ah ses poèmes, pourquoi je les aime ? No idea). Et elle m’apporterait quoi, Emily ? Elle me dirait : « Isole-toi pour écrire, quelques heures ou quelques jours seulement. Ecrire c’est une vie, c’est un mode de vie, n’en déplaise à ceux qui n’ont rien compris… »
3-Allen Ginsberg (Je lui dois deux 18 à la fac et une lecture publique de America dans l’amphi de la fac, pour un exposé. Je lui dois un poème griffonné en anglais et à l’arrache dans le métro, quand j’avais 19 ans.) Et il me dirait quoi, Allen ? : « Tu peux aller aussi loin que tu veux, n’aie pas peur de choquer, de tout assumer, qui tu sembles être et qui tu es vraiment, qui tu voudrais être et qui tu pourras être. Et chante, car tu es comme moi, je sais que tu aimes ça. »
4-Angela Sommer-Bodenburg (J’ai lu Le petit vampire quand j’étais petite et j’étais accro, euh, à crocs, c’est plus juste ; je viens de relire ses nouvelles Je frissonne, tu frissonnes, bien qu’elles soient pour enfants, elles marchent très bien aussi sur un adulte). Et elle me dis quoi, Angela ? « N’aie pas peur d’écrire sur la mort car elle est inhérente à toute fiction. N’aie pas peur de rire et de faire rire à son sujet. »
5-Angela Carter (Ah ! Les Angela… Celle-là, on la surnommait : the high priestess of postgraduate porn*. J’ai lu The Passion of the New Eve et quelques autres textes et récemment appris qu’elle avait enseigné à l’université d’East Anglia). Et elle me dirait quoi, Angela C ? « Ne censure pas l’écriture du corps, de ses pulsions, ni de ses sécrétions. L’écriture est organique, orgamisque. »
*la grande prêtresse du porno pour étudiants (titulaires d’une licence au moins)
POUR LES 5 AUTRES MEMBRES DE MA DREAM TEAM, JE VOUS INVITE A DECOUVRIR MA PROCHAINE NOTE…
les gauchos dans la plaine agitaient leurs chapeaux
l’un et l’autre ont raison non la foule imprécise
lorsqu’on voyait au loin flamber les arbrisseaux.
Le poète inspiré n’est pint un polyglotte
le touriste à Florence ignoble charibotte
lorsqu’on boit du maté l’on devient argentin
Frère je te comprends si parfois tu débloques
on s’excuse il n’y a ni baleines ni phoques
le mammifère est roi nous sommes son cousin.
NB : ce poème a été écrit grâce aux 100 000 milliards de poèmes de Raymond Queneau (Gallimard, 1961). Un livre fait de bandelettes (des vers !) qui permet de réellement créer 100 milliards de sonnets. La classe ?
Idéal pour l’auteur paresseux et / ou pressé, qui en 10 minutes peut se vanter d’avoir créé son poème.
Je vous signale au passage que je suis sensée parler de fiction. Ne suis-je donc pas par la même occasion en train de renforcer mon blocage romanesque? J’ai envie de dire que j’entraîne ma créativité littéraire.
Une des raisons de mon blocage : peut-être me dire, Untel va se reconnaître dans telle situation, Bidulette dans une autre… Du coup, je me dis attention, casse-figure : l’avènement de Facebook n’arrangeant rien car comme on y retrouve de très vieilles connaissances, elles ont quelques risques de se retrouver héroïnes malgré elles de mes récits… Rien de méchant, de l’intime peut-être ? Ah, puis finalement, cette nouvelle, je l’écrirai pas ou je prends un pseudo, comme ça, je ne gênerai personnne ! Autocensure…
Tout cela me fait penser à la série que j’affectionne particulièrement, Six FeetUnder, dans laquelle Brenda, la très pas sexy petite amie du très sexy Nate (pardon, je m’égare !), décide d’écrire un roman. Elle opte pour le genre érotique et n’hésite pas à passer des nuits avec des inconnus pour les relater dans son livre. Bien car d’après nature ? Glauque ? Immoral ?
J’ai toujours beaucoup aimé cette phrase du poète Claude Roy : « Ecrire, ce n’est pas vivre un peu moins pour créer un peu plus ». Enfant, je me disais : « Le monsieur il veut dire que c’est dommage de passer trop de temps à écrire et qu’il vaut mieux sortir et s’amuser. » Il y a de ça, c’est sûr, mais c’est aussi, je pense, marquer la corrélation entre inspiration de la vie réelle sur ce qu’on écrit.
C’est une expression anglaise qui n’a pas vraiment d’équivalent en français, à moins que l’on puisse parler du « blocage de l’écrivain », moins esthétique que « panne d’inspiration », cependant bien plus vague…
Wikipédia US propose un très bel article sur cette « maladie » contre laquelle l’Etat de Californie autorise l’utilisation de marijuana (?!!). A moins que j’ai « halluciné », le paragraphe concernant ce point précis n’apparaît plus sur le document que j’évoque. Enfin, je ne m’étendrai pas sur ce sujet qui ne m’intéresse pas et ne me concerne pas…
J’ai l’honneur (pas l’avantage !) de partager ce block avec les plus grands auteurs et poètes anglo-saxons comme : Samuel Taylor Coleridge et Francis Scott Fitzgerald, mais aussi et dans un autre style David Duchovny alias Hank Moody dans la série Californication…
On dit que ce problème est temporaire, j’ai l’impression que je suis un cas sévère car mon blocage est ancien et récurrent. Je sais que j’ai envie d’écrire depuis mes 6 ans, mais à part quelques poèmes et nouvelles, dont une publication en revue littéraire, je n’ai jamais encore réussi à me lancer dans l’écriture durable d’un roman…
Puisse ce blog me mettre (au moins un tout petit peu) sur la voie de l’écriture, plus régulière et créative, en tournant autour de ce blocage pour mieux le coincer !