Loin d’abandonner le blog, j’étais en train de valider mon niveau 1 d’écriture de fiction en ligne avec l’université d’ East Anglia et aussi de contacter mes grands noms préférés de la littérature contemporaine, afin de prendre connaissances de leurs meilleures astuces contre la panne d’inspiration.
Adam Thorpe, auteur anglais né en 1956 et vivant en France, a accepté de répondre à mes quelques questions. Il a publié de nombreuses oeuvres : théâtre, poèmes, nouvelles et romans, dont le tout dernier, Hodd est sorti en 2009. Deux de ses romans sont traduits en français Ulverton et Mauvais plan. Dans la vidéo qui suit, vous pourrez entendre l’extrait d’une conférence donnée par Adam Thorpe en 2008, à l’université d’East Anglia, Norwich (Angleterre).
Interview en anglais, traduction maison…
-Avez-vous déjà fait l’expérience du blocage littéraire ?
Adam Thorpe : Il y a des moments d’anxiété ou de léger désespoir où l’idée de poursuivre l’écriture d’une œuvre, en particulier un roman, s’apparente à la traversée du désert de Gobi ! Impossible d’en voir la fin, ni le début, d’ailleurs. Le début n’est jamais vraiment un problème, parce que vous n’avez encore rien gâché ou ne vous êtes pas encore déçu vous-même. Vous avez ce rêve encore intact dans votre tête. Une telle béatitude peut durer le temps d’écrire une trentaine de pages, jamais plus ! L’essentiel est de continuer à avancer, même à une allure d’escargot, parce que tôt ou tard, les mots et le mouvement qu’ils créent sur la page deviennent soudainement assez cohérents pour vous porter… Et les personnages acquièrent assez d’indépendance pour s’exprimer et agir de manière inattendue. Il y a des moments agréables où vous êtes donc davantage spectateur que créateur. Mais les moments où vous n’êtes ni l’un ni l’autre ne sont pas des parties de plaisir !
-Comment organisez-vous vos journées d’écriture ?
A.T : J’essaie de commencer assez rapidement le matin, armé d’une tasse de thé ! Je conserve approximativement des horaires de bureau, non par culpabilité mais pour garder le rythme. Je travaille souvent jusqu’en milieu de soirée si j’ai des travaux à terminer d’urgence. J’essaie de garder la forme en pratiquant la marche et la natation. La marche m’inspire : je trouve des phrases, des idées. Je reviens parfois d’une promenade d’une heure avec tout le plan d’une histoire (bonne ou mauvaise !) dans ma tête. Je crois que Baudelaire écrivait tous ses poèmes lors de ses balades nocturnes dans Paris.
-Quel conseil donneriez-vous aux écrivains débutants et aux écrivains bloqués ?
A. T : C’est très simple : asseyez-vous et écrivez. Faites bouger les mots et laissez leur magie opérer. Si vous êtes vraiment bloqué, prenez un objet qui se trouve sur votre bureau : une gomme, une pomme, une photo, un crayon. Commencez à décrire cet objet et tous ses usages, comme si vous le voyiez pour la première fois. Trouvez une comparaison délirante ou une métaphore pour faire de ce fameux objet quelque chose de poétique. Si votre page est blanche, préférez le concret à l’abstrait ! Pensez à la madeleine de Proust : le monde est rempli de merveilles ordinaires et chaque plume qui les décrit est unique.
Pour des questions de mise en page et de longueur d’article, cette même interview sera prochainement publiée en V.O (anglais donc !) sur ce blog…

